La lagune de Venise
Située entre les embouchures du Sile au nord et de la Brenta au sud, la lagune de Venise est la plus vaste étendue d’eau de la côte septentrionale de l’Adriatique. Sa forme décrit un demi-cercle de 52 km de long et de 8 à 14 km de large. La partie dite de la laguna viva, c’est-à-dire celle où la marée produit encore des effets sensibles, se divise en trois bassins principaux dont les trois ouvertures sur la mer sont appelées porti C’est de ces porti, maintenant réduits au nombre de trois (il en existait sept à l’origine), que partent les principaux canaux. Ces fosses, relativement profondes, d’origine naturelle ou artificielle, se ramifient ensuite en de nombreux canaux plus petits. Les canaux se développent sur 800 km; environ 150 d’entre eux, de 4 à 5 m de profondeur, sont navigables et sont délimités au moyen de palissades en bois ou en ciment.
La lagune de Venise est séparée de la mer ouverte par les deux langues de terre du Lido et de Pellestrina. Celles-ci présentent un aspect plutôt rectiligne du côté de la mer mais assez découpé du côté de la lagune. Ces trois ouvertures de la lagune, soumises aux marées, assurent ainsi le renouvellement des eaux et évitent que les canaux ne soient envasés: les mouvements de flux et de reflux des eaux permettent une épuration régulière de leurs fonds. Des marées d’une ampleur exceptionnelle peuvent parfois entraîner une élévation du niveau des eaux: on assiste alors au phénomène de l’acqua alta qui se traduit par une inondation des rues de Venise. Plusieurs facteurs peuvent en influencer le mécanisme: la pression atmosphérique ou le sirocco qui, en soulevant les eaux de la mer, empêchent le reflux de la marée.
L’origine de la lagune, ainsi que celle des autres étangs du littoral de l’Adriatique, réside dans l’action de dépôt des fleuves de la plaine du PÔ et la faible profondeur des eaux de la côte. Avec le temps, et sans travaux périodiques d’assainissement, l’accumulation de ces dépôts aurait sans doute entraîné l’assèchement de la lagune.
En effet, dès le IX~ s., la République de Venise se soucia d’organiser attentivement la protection et la sauvegarde de la lagune. Les organismes spécialisés, créés à cet effet, furent définitivement reconnus en 1501 avec l’institution de la Magistrature des eaux. La lutte pour la défense de la lagune fut menée dans deux directions principales: contre l’action des fleuves et celle de la mer. Pour éviter l’accumulation des dépôts charriés par les fleuves, on fit en sorte de les dévier en dehors de la lagune. Parallèlement, on décida de protéger le cordon du littoral afin d’éviter l’envasement des ports.
L’œuvre la plus spectaculaire de la République de Venise réside dans la construction (1770) des murazzi, énormes digues élevées à Chioggia et Pellestrina dans le but de protéger la lagune. Aux Xlxe s. et xxe s., les efforts ont porté sur l’amélioration des fonds de la lagune, avec la construction, à la hauteur des ports de Chioggia, Lido et Malamocco, de digues en saillie sur la mer qui, en accentuant l’efficacité des courants, ont empêché l’accumulation des dépôts.
. Toutefois, de nouveaux dangers pèsent aujourd’hui sur l’avenir de la lagune. Le niveau du sol s’abaisse et parallèlement le niveau de la mer tend à s’élever. La fréquence des acqua alta devient ainsi de plus en plus dangereuse en raison de l’inondation des quartiers habités et de la dévastation des cultures. La crise de la lagune dépend bien sûr de facteurs naturels, mais elle est surtout liée au développement industriel inconsidéré qui a touché, au Cours des dernières années, tout le pourtour de la lagune.
